Le diktat du bonheur

By 27 novembre 2018 pratiques No Comments
le bonheur à tout prix

On savait l’imagination des opérateurs touristiques sans limite pour concocter des vacances au plus près des « lubies-hobby » de leurs clients. Rien d’étonnant à ce qu’ils cherchent à vendre maintenant du bonheur, prêt à consommer…

Un quart de développement personnel, un quart de vie saine et d’esprit libre, une pincée de psychologie (de comptoir ?) un soupçon de spiritualité ( !) , et voici une belle croisière sur le thème de la recherche du bonheur, à réserver aux porte- monnaies épanouis.

Une injonction de bonheur ?

Certes, le livre de « Happycratie » de Eva Illouz et Edgar Cabana ou « comment le bonheur a pris le contrôle de nos vies » enterre un peu vite l’intérêt du développement personnel mis à la portée de tous, mais à bien y regarder, cette quête personnelle et légitime pour chaque individu est peut-être en train de se décliner en injonction permanente avec obligation de soin !
Coachs et managers du bonheur, classements des entreprises dans lesquelles le bien être est au centre de l’attention, villes où il fait bon vivre,  naissances régulières de magazines et émissions de télévision de « happyness », journées du bonheur et autres artifices participent à un commerce  aussi juteux que douteux… Parfois légalisé au plus haut sommet de l’état, confère la déclaration du Premier Ministre des Emirats arabes unis,  lors de la naissance de son « ministère du Bonheur »  : « Le bonheur n’est pas seulement une question de possessions matérielles, un enjeu matérialiste lié au développement économique : c’est en instillant de la positivité dans leur existence que les gens le connaîtront. » Une mise à jour de l’adage de ma grand-mère « L’argent ne fait pas le bonheur ».

L’économie du bonheur
Le secteur touristique a vite pris la mesure de cette tendance de plus en plus partagée par une grande partie de la population mondiale.
L’économie du « bonheur » tous secteurs confondus pèse aujourd’hui des dizaines de milliards et s’est constituée en prenant le contrôle de nos vies : Certes, rien ne nous n’oblige à faire des séjours de survivalisme ou à étudier sa généalogie à la recherche de ses secrets de famille, ou encore à tester la vie au ras du sol pour mieux percevoir les vibrations de la terre, ou autres séjours « happyness » plus insolites encore. Mais le risque n’est-il pas que bientôt tout le monde se sente obligé de faire bonne figure et d’afficher un bien-être présentable ?
Selon le sociologue Edgar Cavanas et la psychologue Eva Illouz,  il y a un risque et ce diktat serait la résultante d’une économie libérale cherchant à substituer le bien-être individuel à la recherche du bien-être collectif.
Il est vrai que cette économie du bonheur via le secteur du tourisme, (en proposant pléthore d’offres censées rectifier et surmonter nos « faiblesses ») contribue à imposer une norme inquiétante.

Prendre la main sur son état mental afin de régler ses désordres intérieurs et son mal de vivre est tout à fait louable. Mais quand trop c’est trop… trop parfait, trop beau, trop bien, trop sain, trop de bonheur, il faut savoir se rappeler qu’au fond, ce sont bien les imperfections qui font de nous des êtres humains, avec des jours plus réussis que d’autres.